C'est la conversation la plus désagréable du métier. Quelqu'un a passé quarante minutes à choisir une monture, elle lui va, et nous lui expliquons que ses verres n'y tiendront pas. La tentation de monter quand même est réelle : la vente est faite, le client est content en sortant. Il revient trois semaines plus tard.
Ce qu'il y a dans un verre progressif
Un progressif empile trois zones sur la même surface : la vision de loin en haut, un couloir de progression au centre, la vision de près en bas. Ces trois zones ont besoin de hauteur. En dessous de trente millimètres entre le centre de la pupille et le bord inférieur du verre, la zone de près est rognée — pas dégradée, rognée. Elle n'existe plus.
Une monture qui vous va mais qui ne vous permet pas de lire n'est pas une monture qui vous va.
La mesure se prend sur le visage, pas sur la boîte
La hauteur utile ne dépend pas seulement de la monture : elle dépend de l'endroit où celle-ci se pose sur votre nez. Deux personnes portant la même monture peuvent avoir quatre millimètres d'écart de hauteur de pupille. C'est pourquoi nous prenons la mesure monture ajustée, sur le visage, et jamais depuis la fiche technique.
Nos fiches produit indiquent la hauteur de verre de chaque monture. Sous trente-six millimètres, nous signalons que les progressifs sont déconseillés ; sous trente-deux, nous refusons de les monter. Ce n'est pas une politique commerciale, c'est le seuil en dessous duquel nous savons que la personne reviendra mécontente.
Les progressifs courts existent, avec un coût
Des géométries dites courtes tiennent dans vingt-huit millimètres. Le couloir de progression y est plus serré, donc les déformations latérales sont plus marquées : on tourne davantage la tête et moins les yeux. C'est parfaitement supportable pour beaucoup de gens, et insupportable pour d'autres. Nous les proposons en expliquant l'arbitrage, jamais comme une solution sans contrepartie.
Mehdi Mabrouk — Wael Optique, Monastir.







